samedi 21 juin 2014

PHILIPPE LE BEL, Regnault / Gabella, Glénat / Fayard, 2014









Philippe le Bel, paru le 05/03/2014, est le tome 1 de la Collection Ils ont fait l’Histoire, éditée chez Glénat, qui tente de reprendre le flambeau de la désormais désuète Collection L’Histoire de France en bande dessinée des éditions Larousse, en y insufflant rigueur scientifique, qualité graphique, et dynamique scénaristique.




Ce premier opus est confié à Christophe Regnault (dessin) et  Mathieu Gabella (scénario). Il est clair, tout au long de la lecture, que le projet a fortement associé le dessinateur et le scénariste aux deux historiens mobilisés sur l’album : Etienne Anheim, Maître de conférences à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et Valérie Theis, Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
L’entreprise est périlleuse, car elle doit à la fois proposer une démarche scientifique et pédagogique (le nom des historiens est placé aux côtés des deux auteurs), et arriver à une narration un minimum prenante, tout en réduisant au maximum la part fictionnée.

Les choix scénaristiques sont, à première vue, surprenants, laissant de côté les deux images fortes du règne de Philippe le Bel (1285-1314). En effet, les Templiers sont évacués en une planche (planche 41 / page 43), dans laquelle le roi expose sa stratégie à leur égard à son fils. La légende de la gifle d’Anagni (1303) est elle complètement absente. Les planches 38-39 voient l’arrivée de Guillaume de Nogaret dans la demeure papale de Boniface VIII, alors en conflit avec Philippe le Bel. Mais, ni la fuite du pape, aidée par les habitants, ni l’humiliation que lui aurait infligé le conseiller du roi ne sont dessinées. Sacré pari donc d’évacuer ces deux épisodes, au risque de décevoir le lecteur avide de retrouver dans l’album bûcher de templiers et gifle papale ! Les images d’Épinal sont d’emblée évacuées !






Le récit, chronologique, va alors se recentrer sur plusieurs thématiques. Tout d’abord, l’affirmation de l’autorité royale, dans un royaume qui reste marqué par les liens féodaux. Toute l’importance de l’administration royale, du rôle des conseillers dont s’entoure Philippe, ressort tout au long de l’album, reprenant ainsi les mots de Jean Favier qui parlait, pour qualifier le règne de Philippe le Bel, de « politique des conseillers ». La volonté du roi de construire un Etat moderne est soulignée à la page 11 / planche 9 par l’hommage rendu par Edouard 1er, roi d’Angleterre et alors vassal du roi de France.  Au cours de celui-ci, Philippe loue l’administration et l’existence d’archives  dans le royaume de son rival. Toute la difficulté d’imposer un Etat centralisé transparaît dans la fin de l’album avec la faiblesse des finances royales insuffisantes pour mener une telle entreprise, et l’échec à lever une imposition directe, la conséquence étant une dépendance aux taxations extraordinaires comme celles obtenues du clergé (décimes) et théoriquement destinées à la croisade (cf p 14-15 / planches 12-13).

La rivalité avec le pape Boniface est aussi un thème récurrent de l’album. Comme précédemment évoqué, cet affrontement trouve son dénouement avec l’épisode d’Anagni. Les auteurs insistent sur cette volonté papale de se présenter non pas uniquement comme un chef spirituel, mais aussi comme détenteur d’un pouvoir temporel.
Christophe Regnault sort de cette restitution médiévale avec les honneurs. Ce n’est pas le premier coup d’essai dans le genre historique pour le jeune auteur lyonnais, puisqu’en 2012, il signait L’histoire vraie des photos qui ont secoué la République, déjà chez Glénat. Il insuffle à l’histoire, malgré la complexité de certains thèmes abordés, une grande lisibilité. Son style classique et réaliste restitue avec précision et brio les lieux du pouvoir royal, que ce soit la cathédrale de Reims (p 10 / planche 8), le Palais du Louvre (p 11 / planche 9), le Palais de la Cité (p 12 / planche 10) ou Notre-Dame (p 12 et 27 / planches 10 et 25), n’hésitant pas à proposer des cadrages originaux et risqués (intérieur de Notre-Dame p 27 / planche 25).
La représentation des batailles est également, en peu de pages, un succès. Que ce soit celle des Éperons d’or en 1302, où Philippe perdra de nombreux conseillers, ainsi que Robert II d’Artois et le légiste Pierre Flote, ou celle de Mons-en-Pévèle, lors de laquelle le roi gagne l’obéissance de la Flandre en 1304, leur traitement démontre les qualités de narrateur pictural de C. Regnault.

Ce premier tome est une belle réussite, alliant un scénario historiquement valable et palpitant, à un graphisme à la hauteur, ce qui n’est pas toujours le cas de ce type d’album ! 

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